La révolution d’un seul brin de paille
Ce livre par Masanobu Fukuoka est reconnu pour sa méthode d’agriculture du “non-agir”. Il ne s’agit pas de ne rien faire mais plutôt de cultiver aussi simplement que possible dans l’environnement naturel, et ce, en coopérant avec lui - ça sonne comme la permaculture?
Pour arriver à cette méthode, M. Fukuoaka se demande “Et si on ne faisant pas ceci? Et si on ne faisant pas cela?” Finalement, il est arrivé à ces quatre principes: ne pas cultiver; pas de fertilisant chimique ou de compost préparé; ne pas désherber au cultivateur ni aux herbicides; pas de dependance envers les produits chimiques.
Son plus grand succès avec cette méthode est de semer l’orge et le riz sur le même champ en alternance, utilisant la paille d’orge pour couvrir le riz et la paille de riz pour l’orge. Le trèfle blanc et les mauvaises herbes poussent aussi librement dans le champs pour fixer l’azote. Il est possible que ce n’était pas commun au Japon mais ça se fait en Europe depuis au moins 150 ans.
Ainsi, “M. Fukuoka récolte entre cinquante et soixante quintaux de riz à l’hectare. Ce rendement est approximativement le même que celui produit tant par la méthode chimique que traditionnelle dans sa région.” Cependant, beaucoup à changé depuis les années soixante-dix. Son rendement équivaut à 6t/ha tandis que la moyene en 2021 au Japon est de 7.5t/ha¹ - soit 25% de plus.
M. Fukuoka prétend pousser ses récoltes “sans produit chimique d’aucune sorte” mais il s’agit seulement de ses céréales tandis qu’il a occasionnellement recours à une émulsion d’huile de machine pour contrôler la cochenille. Il préconise aussi de vendre les fruits dans la région de production de manière à éliminer le temps et la dépense exigés par l’expédition mais il ne s’empêche pas de livrer jusqu’au quartier de Suginami à Tokyo car “le prix était convenable”.
À part les quelques contradictions, il abuse un peu de son autorité scientifique ayant travaillé pour le Bureau des Douanes de Yokohama à la Division de l’Inspection des Plantes. “Croire que par la recherche et l’invention l’humanité peut créer quelque chose de mieux que la nature est une illusion.” Un chercheur ou un éleveur de plantes ne cherche à faire “mieux que la nature” car la nature n’a pas de but - certainement pas le but de nourrire l’homme. Il n’y a pas de “mieux” car il n’y pas de système de jugement. Il y a cependant des compromis comme une plante qui perd des forces à résiter aux champignons aura moins de forces pour produire des graines.
Et encore, “Les aliments qui se sont trop éloignés de leur état primitif et ceux obtenus chimiquement ou dans un environnement entièrement aménagé, déséquilibribrent la chimie du corps.” Le blé (quelques fusions) et le colza (croisement entre un chou et une navette) sont pourtant des graines créées par l’homme. Et la banane sauvage est pratiquement inmangeable car elle est surtout constitué de graines. Est-ce que mangé une banane désiquilibre la chimie du corps? Qu’est-ce que ça veut même dire?
À part de l’agriculture et de la science, M. Fukuoka aborde aussi la philosophie de la mort de l’égo. “Les hommes ne connaissent rien du tout. Il n’y a pas de valeur intrinsèque dans quoi que ce soit, et chaque action est un effort futile et sans signification.” C’est cette pensé qui a complètement changé l’auteur et l’a mis sur le chemain de la révolution d’un seul brin de paille.
Au final, la méthode du “non-agir” a certainement une grande valeur mais le contenu spécifique à l’agriculture est trop spécifique au Japon, certaines références sont datées, certains commentaires scientifiques sont douteux et la philosophie trop superficielle. Bref, je recommanderais seulementla première partie du livre.